Dans ces écrits, je veille à ne pas utiliser les étiquettes de pervers narcissique, manipulateur, relation toxique… Car à la fois ces catégories permettent de classifier les choses, leur donner une importance (et voir qu’il y en a beaucoup…) et ça peut être positif, mais à la fois je trouve qu’elles minimisent les faits, les vécus. Les banalisent sous l’étiquette. De manière générale je ne suis pas trop pour les étiquettes, y compris pour d’autres sphères de la société.
Et j’ai pu observer que si on utilise un de ces termes, l’interlocuteur peut se faire un à priori très vite. Voire carrément se dire : « Oh encore une qui vogue sur cette mode de voir des pervers narcissiques partout ». Je le laisse donc mettre une étiquette s’il le souhaite, mais j’évite personnellement. C’est valable que ce soit en parlant avec des proches, amies, voisins, ou avec des gendarmes, policiers, avocats, associations d’aide aux victimes…
J’ai également du mal à dire « violences conjugales », car j’ai l’impression que l’expression déjà est mal comprise, comme s’il s’agissait simplement de disputes très violentes. Et surtout je trouve qu’elle réduit à une difficulté dans le couple. A gérer vis-à-vis du couple. Mais que cela ne touche ni ne concerne la société, les autres. Comme si la personne violente n’était violente que dans le couple. Alors que lui reste le même individu, y compris dans ses relations aux autres, simplement il se maîtrise, se contient, joue un personnage social charmant ou calme. Il n’en pense pas moins, n’en dit pas moins, ni ne leur souhaite pas moins de mal quand il se relâche dans l’intimité. Il n’est pas moins destructeur dans sa vision de la vie, ses objectifs collectifs et sociétaux. Il reste pour moi un être toxique pour la société globalement. Il est un être qui pervertit les autres, le monde, la vie, qui est plein de haine, qui a besoin de s’approprier, de contrôler, de mettre à sa merci, de détruire pour son plaisir personnel… Ça vous rappelle quelque chose ? Ça ressemble beaucoup à l’histoire du colonialisme, de l’appropriation/destruction du vivant, du capitalisme, de l’écrasement des femmes, des pauvres… En cette personne s’incarnent de nombreuses dynamiques contre lesquelles il y a des luttes sociétales. Des violences et injustices sociétales. Des volontés de domination, accaparement, appropriation, manipulation… C’est à l’échelle d’un homme, certes avec peu de pouvoir, de nombreux mécanismes nocifs-malsains-destructeurs qu’on peut constater dans notre société qui broie le vivant, les peuples, la nature… Cela dépasse des problématiques intraconjugales, et concerne la société. Trop facile de reléguer ces comportements dans la case « disputes de couples ». (Ce qu’il s’est passé pour mon histoire personnelle au niveau juridique).
Par contre j’aime bien personnellement parler de prédation. Prédateur. Proie. Car je trouve qu’il y a quelque chose qui dépasse le raisonnement d’agir comme cela sur les autres. Un instinct, un élan. Je ne pense pas par exemple que c’était conscient chez lui. C’était un élan inconscient qui le dominait. Il n’y avait ni sagesse, ni amour dans tout cela. L’intelligence a été ensuite mise au service de cet élan de prédation et domination. Avec d’autres règles du jeu que celles admises entre êtres humains dans nos sociétés.
Mais pourquoi était/est-il comme cela ? … Je n’ai pas la réponse, seulement des suppositions très personnelles. Mais la raison « traumatismes d’enfance » ne me suffit pas. Tant de gens subissent des traumatismes dans leur enfance sans devenir malveillants et destructeurs pour les autres…
