LA question taboue. Qu’on ne me pose jamais !!
Pourtant comment imaginer que cela se passe bien ? Qu’il y ait ici un espace de paix ? Abrité du reste des violences ?
Si, cette question m’a été posée une fois. Par le policier lorsque j’ai porté plainte. Il m’a demandé si j’avais dit « Non », pour ajouter ou non le viol aux violences. J’ai regardé la bénévole de l’association qui m’accompagnait, je n’étais pas préparée à la question, à ce sujet hyper sensible et douloureux. Et puis, honnêtement, j’ai répondu que « non, je n’ai pas dit non avec des mots ». « Par contre je n’étais pas consentante, je ne voulais pas ». Je distançais autant que possible ces moments. Évidemment que cela s’est empiré sur les derniers mois. Évidemment qu’au début, il n’y avait pas de problème à ce niveau-là. Mais à partir du moment où il y a eu les violences verbales, puis physiques, quelque chose se cassait en moi. Il n’y avait plus cette capacité à s’abandonner. Et chercher un plaisir alors que ça se fend à l’intérieur. Et à partir du moment où il m’a tabassée, mon corps ne voulait plus être touché. J’ai prétexté des excuses pour essayer d’espacer. Mais j’ai clairement sacrifié mon corps pour la paix du foyer. J’ai acheté un peu de répit avec mon corps et mon intimité.
Alors j’ai fait de belles étoiles de mer. Le corps tendu. Exprimant de tout son état son non-désir. Espérant que le message serait reçu, que son désir s’éteindrait. Que néni, celui qui ne veut pas voir, ne voit pas. Pire, je lui soupçonne le plaisir sadique de posséder ainsi une personne. Déchirée par cet aveuglement et le non-respect de mon être, les larmes me sont coulées plusieurs fois pendant l’acte. En plein jour, pleine lumière. Impunité totale.
Alors non je n’ai pas dit clairement « Non ». Mais mon corps a souffert, il avait mal en son intérieur, m’inquiétant sur l’état de mon intimité. Et moi j’ai eu mal dans mon cœur, dans mon estime de moi. Me rappelant d’autres dominations de ce type.
Quel soulagement une fois sortie de cette relation de retrouver la totale maîtrise de mon corps. De lui offrir la paix et la reconstruction.
