Les alertes rouges

Suite à cette rencontre avec cet homme, je n’ai pas perdu mon élan tenace de vie, même si je passe par une phase conséquente de reconstruction. Je réenvisage également une relation de couple, mais au-delà des séquelles sur lesquelles je travaille pour ne pas impacter l’autre ni mon présent, je me suis inquiétée de retomber sur un prédateur. En revisitant mon passé, et à travers de nombreuses discussions avec d’autres femmes victimes d’emprise et de violences (je dis des femmes car j’ai essentiellement rencontré des femmes victimes, pour un seul homme victime), j’ai essayé de croiser des traits communs pour « dépister » au plus vite un « prédateur ». Mais c’est délicat et compliqué de faire cet essai. Évidemment oui je ne suis ni psy, ni experte, seulement je veux mettre toutes les réflexions sur la table si jamais cela peut être utile pour faire avancer les compréhensions. De la science citoyenne, populaire en quelque sorte.

De toutes ces histoires, et aussi quelques lectures, il y a quelques points communs qui peuvent questionner, alerter lors d’une rencontre, du démarrage d’une histoire. S’alerter pour soi, ou pour un proche…

Vigilance déjà de loin pour moi personnellement si (mais cela ne « marche » pas à tous les coups…) :

  • dénigre toutes ses ex (voire « elles sont toutes des perverses »), ou ne veut pas en parler

Signaux visibles «de près » => alerte, observation, recul ET fuite si la personne :

  • me dénigre : se moque, me rabaisse, critique
  • dénigre des choses importantes de ma vie
  • juge mes faits et actes
  • dénigre tous les autres autour de moi
  • contrôle mes faits et gestes, paroles, écrits, horaires, activités, compagnies…
  • impose ses choix, ses organisations, ses besoins, son rythme, ses goûts
  • est très incohérente entre ses propos et ses actions (ex : promeut le dialogue mais m’empêche de m’exprimer et doit toujours avoir raison avec de longue monologue)
  • ne se remet jamais en question
  • fuit ses responsabilités
  • retourne la situation contre moi (ex : si j’expose un problème, il va retourner le truc pour me rendre responsable à sa place)
  • déforme la réalité, les propos
  • ne supporte pas les reproches ou d’être contredite, prise à défaut : me traite de folle, menteuse, ou s’emporte violemment, devient incontrôlable
  • a un masque, 2 visages (ex : social/charmeuse en public et autoritaire/dure en privé)
  • me dépersonnalise en me demandant continuellement de changer des choses de moi, de mon apparence (les habits sont très fréquemment pris pour cible !), de mes activités, de mes goûts, de mes relations amicales, familiales…
  • m’attaque sur ma santé mentale, psychique, me fait douter de moi et de mes souvenirs
  • est complètement indifférente, froide à ma souffrance et mon mal être
  • a recours au silence long, glacial lors de désaccords ou de discussions n’étant pas à son avantage
  • fait du chantage
  • me menace (y compris de se suicider)
  • m’insulte
  • me pousse, me tape, me jette des objets, me craque dessus, me gifle, me cogne

Et si moi de mon côté :

  • je me sens emprisonnée, pas libre de mes mouvements, voire de mes pensées
  • je ne sens pas moi-même en la compagnie de cette personne
  • si la présence de cette personne avec mes proches change mon comportement, si je n’ose pas être spontanée
  • je vois moins, de moins en moins, mes amies et amis
  • je ne peux plus prendre le temps de parler aux gens, inviter des amis, aller seule chez des amis
  • je dois me justifier de ce que je fais, où je vais, quand je rentre, à qui je parle…
  • j’ai peur de son jugement
  • j’ai peur de ses attitudes
  • je cache des choses à mes proches sur cette relation… (ex : pour le protéger, de peur qu’ils ne l’aiment pas)
  • je me sens de plus en plus mal, de moins en moins heureuse, joyeuse
  • je culpabilise beaucoup et souvent
  • mon regard sur moi change, s’assombrit, se durcit. Je ne me trouve pas quelqu’un de bien.
  • je me renie

Et quant à la relation, si elle :

  • est compliquée, avec beaucoup de conflits, de disputes, de problèmes, d’altercations…
  • va de plus en plus mal
  • vous isole des autres
  • Un truc qui m’alerte direct : si la personne alterne des douceurs/déclarations passionnées et des pics/mépris glacial. En cas de CHAUD-FROID => ALERTE => FUITE

Grosse grosse prise de conscience aussi :

  • S’il vous dénigre beaucoup. S’il vous méprise, contrôle. S’il vous insulte. S’il crie. S’il tape. Ce ne sera pas UNE FOIS. Cela ne sera pas « juste » un dérapage. Cela ne sera qu’un début. Ça ne fera que de s’aggraver et s’installer.

Je suis désolée, je vais être cash (et en même temps je ne suis personne hein !), mais il n’y a pas d’espoir. C’est sans appel. On parle de sécurité et survie psychique voire physique ! de vous-même voire d’enfants… Et s’il n’y a pas de remise en question de cette personne. S’il y a déni de ses actes. S’ils se sont répétés. C’est mort ! Cette personne ne changera jamais ! Attendre, espérer, essayer est VAIN. Il faut prendre un IMMENSE courage, se prioriser, et sauver sa peau ! Et couper tous les liens et les échanges. Ne laisser aucune prise. S’entourer et demander de l’aide. Le pseudo amour, le pseudo lien affectif, ne vaut pas tous ces dégâts (surtout que certains sont irréversibles…). Rien ne justifie de se faire couler par une personne nocive, toxique, manipulatrice, perverse, violente… il faut se faire violence mais à soi-même pour ouvrir ses deux yeux, voir la réalité 3 secondes, activer la lucidité, et oui partir le plus tôt possible (oui je sais, dit la nana qui n’a pas fait cela ! … J’essaie juste de donner le « conseil » que j’aurais aimé appliquer… Et je ne minimise pas l’énergie qu’il faut pour sortir de ça, même aux débuts, quand les signes sont encore petits, quand il y a encore des bons moments, et des espoirs.) Partir tôt avant que les griffes et les barreaux ne se soient trop refermés. Ne pas donner plusieurs chances. Non, plus on attend et plus ce sera difficile de partir. Donc aux premiers signes, se rappeler que notre vie, notre liberté, notre intégrité sont LES PLUS IMPORTANTS. Ever… Rien ne mérite qu’on se bafoue, qu’on souffre. Rien ! (La vie est déjà bien assez remuante…)

Autre prise de conscience cruciale :

Si des cases au-dessus sont cochées. Si vous vous sentez de plus en plus mal. Si la relation ne va pas en s’arrangeant. Si vous constatez que lui aussi va mal (je sais pas vous, mais moi personnellement j’ai remarqué que ces êtres manipulateurs-violents ne sont pas des personnes heureuses et épanouies…), arrêtez de penser le sauver ! Il n’a pas envie d’aller bien. Stop également à la culpabilité de l’abandonner, il était déjà mal avant vous, et vous ne pouvez rien faire ! Même en étant la plus douce des personnes, la plus dévouée des infirmières, jamais jamais vous ne pourrez guérir ni apaiser le mal-être en eux. Jamais vous ne pourrez rallumer leur humanité, ni leur empathie. Jamais vous ne pourrez réveiller en eux une envie de rendre heureux et de faire du bien aux autres. Vous, ni personne d’autre, n’avez ce pouvoir de les sauver de leur propre enfer intérieur. Vous n’êtes qu’un buffet dans lequel se servir, une canne sur laquelle s’appuyer. Un service et une nourriture pour assouvir des besoins que vous ne pouvez comprendre. Rester avec cet espoir de le sauver est vain. Il ne fera que vous perdre. Il n’y a que vous à sauver dans l’histoire, et à chérir. Aucun amour au monde ne vaut cette souffrance et cet emprisonnement.  Cette aliénation. On a beau trouver cela si merveilleux, en faire un objectif de toute une vie. L’amour d’un compagnon ou compagnon ce n’est pas de l’oxygène. On peut vivre sans. Techniquement c’est possible. Aucune chose non vitale et destructrice ne doit passer devant notre vie. Notre intégrité. Notre joie. Notre bonheur. Ça se sont des piliers fondamentaux de la vie.

Quelle vie construire, comment viser la joie, l’épanouissement, avec un boulet au pied nous empêchant d’être soi, de se réaliser, d’éclore ? Quelle vie heureuse espérer en se laissant piéger et emprisonnée ? comment imaginer qu’une fin heureuse soit possible ? Il n’y aura pas de miracle, la personne ne changera pas subitement. Ni n’aura pas de prise de conscience soudaine.

Je suis catégorique et sans nuances, mais à un moment donné, j’aimerais croire qu’être ferme et direct peut peut-être sauver des vies de carnage…

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