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  • Pervers narcissique ?

    Dans ces écrits, je veille à ne pas utiliser les étiquettes de pervers narcissique, manipulateur, relation toxique… Car à la fois ces catégories permettent de classifier les choses, leur donner une importance (et voir qu’il y en a beaucoup…) et ça peut être positif, mais à la fois je trouve qu’elles minimisent les faits, les vécus. Les banalisent sous l’étiquette. De manière générale je ne suis pas trop pour les étiquettes, y compris pour d’autres sphères de la société.

    Et j’ai pu observer que si on utilise un de ces termes, l’interlocuteur peut se faire un à priori très vite. Voire carrément se dire : « Oh encore une qui vogue sur cette mode de voir des pervers narcissiques partout ». Je le laisse donc mettre une étiquette s’il le souhaite, mais j’évite personnellement. C’est valable que ce soit en parlant avec des proches, amies, voisins, ou avec des gendarmes, policiers, avocats, associations d’aide aux victimes…

    J’ai également du mal à dire « violences conjugales », car j’ai l’impression que l’expression déjà est mal comprise, comme s’il s’agissait simplement de disputes très violentes. Et surtout je trouve qu’elle réduit à une difficulté dans le couple. A gérer vis-à-vis du couple. Mais que cela ne touche ni ne concerne la société, les autres. Comme si la personne violente n’était violente que dans le couple. Alors que lui reste le même individu, y compris dans ses relations aux autres, simplement il se maîtrise, se contient, joue un personnage social charmant ou calme. Il n’en pense pas moins, n’en dit pas moins, ni ne leur souhaite pas moins de mal quand il se relâche dans l’intimité. Il n’est pas moins destructeur dans sa vision de la vie, ses objectifs collectifs et sociétaux. Il reste pour moi un être toxique pour la société globalement. Il est un être qui pervertit les autres, le monde, la vie, qui est plein de haine, qui a besoin de s’approprier, de contrôler, de mettre à sa merci, de détruire pour son plaisir personnel… Ça vous rappelle quelque chose ? Ça ressemble beaucoup à l’histoire du colonialisme, de l’appropriation/destruction du vivant, du capitalisme, de l’écrasement des femmes, des pauvres… En cette personne s’incarnent de nombreuses dynamiques contre lesquelles il y a des luttes sociétales. Des violences et injustices sociétales. Des volontés de domination, accaparement, appropriation, manipulation… C’est à l’échelle d’un homme, certes avec peu de pouvoir, de nombreux mécanismes nocifs-malsains-destructeurs qu’on peut constater dans notre société qui broie le vivant, les peuples, la nature… Cela dépasse des problématiques intraconjugales, et concerne la société. Trop facile de reléguer ces comportements dans la case « disputes de couples ». (Ce qu’il s’est passé pour mon histoire personnelle au niveau juridique).

    Par contre j’aime bien personnellement parler de prédation. Prédateur. Proie. Car je trouve qu’il y a quelque chose qui dépasse le raisonnement d’agir comme cela sur les autres. Un instinct, un élan. Je ne pense pas par exemple que c’était conscient chez lui. C’était un élan inconscient qui le dominait. Il n’y avait ni sagesse, ni amour dans tout cela. L’intelligence a été ensuite mise au service de cet élan de prédation et domination. Avec d’autres règles du jeu que celles admises entre êtres humains dans nos sociétés.

    Mais pourquoi était/est-il comme cela ? … Je n’ai pas la réponse, seulement des suppositions très personnelles. Mais la raison « traumatismes d’enfance » ne me suffit pas. Tant de gens subissent des traumatismes dans leur enfance sans devenir malveillants et destructeurs pour les autres…

  • Pissenlit

    Pourquoi Pissenlit ?

    Je suis bavarde, un peu. .:) Et j’ai retenu ma parole tellement, trop longtemps… Alors j’ai envie de raconter un peu… Pas seulement le lourd, le « dark »… D’ailleurs j’en profite pour dire, ou redire, que si je fais le choix d’écrire, témoigner, ce n’est pas pour me plaindre, c’est clairement pour mettre en lumière ces fonctionnements nocifs, destructeurs, et espérer qu’on arrive à leur couper l’herbe sous le pied, en les comprenant mieux et en s’en préservant. Et puis on ne sait jamais si cela peut donner un souffle d’espoir à quelqu’un qui passerait par là, par hasard, dans son tunnel… Ou inspirer un proche qui pourrait être vigilant et aidant pour une victime de ce piège.

    Alors pour ces écrits j’ai fait le choix de l’anonymat. D’une part, avant tout, pour me protéger. Je suis encore dans des démarches juridiques ou administratives. Même si ceux qui nous ont connus nous reconnaîtront bien, je ne tiens pas à ce qu’il trouve ces mots, ce qui pourrait se retourner contre moi. Et d’autre part, cela ne changera rien d’y mettre un nom, un visage. L’anonymat, même s’il est lié à une histoire personnelle, a un caractère « universel ». Hmm même si en même temps on réussit à se retrouver dans les histoires non anonymes ( ?! … parfois je n’ai pas un avis tranché ^^)

    Alors j’ai repris un pseudonyme donné à une association qui m’a aidée. Un des maillons lors de ma prise de conscience et mon cheminement pour me sauver. Nous sauver avec ma fille. Une association qui m’a offert une écoute, un retour et une validation de mes compréhensions «ça c’est de la manipulation », « ça ce n’est pas acceptable, vous avez raison ». Jusqu’à m’appuyer dans les réflexions pour l’organisation de mon « évasion ». Et surtout me rassurer en gardant un lien à distance, en pouvant tout dire. Enfin commencer à dévoiler. Tout cela évidemment via des appels en cachette, ce qui n’était évidemment pas simple. 

    Lorsqu’on m’a demandé au téléphone de choisir un pseudonyme pour être anonyme, je n’étais évidemment pas inspirée, et mon regard a balayé autour de moi. Les fleurs jaunes dans ces jardins. « Pissenlit ». J’ai trouvé cela nul, pas très incroyable ni très guerrier, « les fleurs que mangent les vaches quoi ». (je plaisante/ et pourtant j’aime les vaches, ce n’est pas péjoratif !) Mais j’aime le jaune, leur aspect solaire. Et leur simplicité finalement. J’aime autant les choses extraordinaires qu’ordinaires 🙂

    Puis en réfléchissant pour ce blog, j’ai repensé à Pissenlit, un symbole qui continuait à me parler. Et alors j’ai regardé le symbolisme du pissenlit, j’aime percevoir et comprendre les symbolismes lorsqu’il y en a. Et ce que j’ai pu trouver en quelques clics m’a paru bien en phase avec ce vécu :

    « Le pissenlit, la fleur qui survit à tous les défis…

    Le pissenlit peut s’épanouir dans des conditions difficiles, c’est pourquoi on dit qu’il représente la capacité à s’élever au-dessus des défis…

    Le pissenlit est aussi un symbole de liberté, de voyage lointain et d’aventures. »

    Je le trouve bien représentatif finalement. Un choix du cœur peut-être pas au hasard 😉

  • Crescendo de violences

    Par quoi commencer ?… Peut-être caractériser les types de violences ? Pour parler au cerveau droit, au mental, avec du concret. Du visible. Du rationnel. Du mesurable. Du comparable.

    Évidemment qu’elles sont montées crescendo. Qu’elles sont apparues insidieusement. Évidemment que s’il m’avait montré directement l’envers et l’étendue du décor, je n’aurais pas été plus loin dans la relation. Les violences se sont aggravées et intensifiées au fur et à mesure et surtout à chaque étape renforçant la relation. Et surtout qui resserraient la dépendance, le lien, le « piège ». S’installer rapidement et soudainement chez moi. Emménager rapidement ensemble. Le mariage. Emménager dans une autre région. Dans un contexte sociétal où le confinement est aussi passé par là, avec 100% de télétravail et donc un isolement et un enfermement renforcé avec le conjoint.

    Violences psychologiques

    J’ai difficilement le souffle de réexpliquer. Cela a commencé par les violences psychologiques. Me rendre à la fois vulnérable, dépendante, « nulle » et incapable. Après avoir été un homme doux et soutenant pendant la phase de rapprochement (ou prédation…) de 3 mois où il a rapidement créé une dépendance affective très forte, tout est devenu du jour au lendemain « de la merde ». Toutes mes façons de faire : ma façon de parler ou de communiquer, d’éduquer ma fille (née d’une première union), de gérer mes relations amicales et familiales, de gérer ma vie, de candidater à un travail, de parler, de communiquer, d’écrire… Finalement je n’étais pas capable de faire mes passions, mes activités. Cela faisait des années que j’accompagnais des personnes dans le soin, le bien-être, et subitement il déclarait « tu y es qui pour penser aider les autres ? », « quelqu’un qui a vécu ce que tu as vécu ne peut pas aider les autres »… Il m’a rencontrée dans une période de profonde vulnérabilité, je raconterai cette phase de « prédation » dans un autre écrit. Bref il m’a subitement broyée et cassée, tout en m’éloignant directement de mes amies : il avait trop besoin de moi car était lui-même dans un mal être, vantait la relation fusionnelle, toutes mes amies étaient faibles, des traitres, pas à la hauteur…je donnais trop aux autres, je ne protégeais pas le couple. Chantage direct quant à notre relation : « je ne me vois pas vivre avec toi si tu as des amis comme cela ». Et me le faire payer ensuite. De longues heures. L’illusion de sécurité et de douceur créée pendant la rencontre s’est rapidement évanouie, plongeant dans un mélange de moments de plaisirs intenses car il savait nourrir chez moi mon appétit de la vie, et personnellement ma résilience a appris à se nourrir aussi de miettes parfois…, et de moments de sidération car je ne retrouvais plus la personne que je pensais avoir rencontrée. Et je me retrouvais subitement face à une réaction brutale, agressive et incompréhensible, irrationnelle, démesurée. Sauf qu’au lieu de questionner cela, au lieu de partir, je restais choquée, confuse, et me disais :« je ne comprends pas. ça va redevenir comme avant ». Car si je n’ai pas vu certains de ses mécanismes se mettre en place, notamment l’isolement, petit à petit les violences verbales, l’agressivité, les insultes, les cris, et le silence… m’ont rapidement atteinte. Ils ont rapidement dégradé ma sécurité. J’étais à la fois dépendante de lui, et absolument insécurisée par le quotidien. Rapidement j’appréhendais ses réactions, ses mots, ses rejets. Une fois qu’on a emménagé ensemble, qu’il était chez lui, il sortait de ses gonds pour des détails, des choses peu importantes du quotidien. Et s’en prenait à moi. Il m’insultait, me traitait particulièrement de « merde ». Il dénigrait mes réflexions, mes idées. Longtemps, des heures. Et oubliait et niait les faits quand j’avais finalement raison et le lui faisais remarquer. Je ne pouvais rien dire, car soit il niait catégoriquement et je passais pour une folle qui déformait et se faisait des idées (« une persécutrice malade qui se victimisait » si je voulais simplement exprimer un problème ou un désaccord), lui qui est un « homme si gentil, doux, attentionné et qui m’aime tant », soit il se braquait dans la fuite et le silence pendant des heures. Puis contre-attaquait par messages pendant des heures en imposant sa vision. Il n’y avait subitement plus de place pour le dialogue, alors qu’il ne cessait de revendiquer l’importance du dialogue. A rendre fou. C’était toute la torture de son jeu : vanter/revendiquer/mettre à l’honneur quelque chose (une de ses prétendues qualités, valeurs, …) mais ne pas la mettre en place. Ne pas la permettre. Voire pire, la déformer. Typiquement le dialogue. Revendiquer l’importance du dialogue, mais soit l’interdire en imposant un silence, soit déformer le dialogue en imposant son monologue durant des heures et méprisant mes expressions. La réalité devenait schizophrénique… Double…Bi.

    Et personnellement j’ai eu la faiblesse de croire les mots. Puis de croire que cela s’arrangerait. Qu’à un moment donné, « tout redeviendrait comme avant ».

    J’imagine, comme lorsque je raconte par la parole, les questions en lisant cela : « Pourquoi n’es tu pas partie ? Pourquoi as-tu laissé faire cela ? Pourquoi l’as-tu cru ? » et les pensées que peu expriment à voix haute : «  Pourquoi as-tu été faible comme cela ? Moi personne ne m’aurait imposé quoi que ce soit ! Personne ne m’aurait parlé comme ça. Je serais partie direct… » 

    J’espère répondre à ces questions au fur et à mesure des écrits. En expliquant et les mécanismes d’emprise, et les failles personnelles qui ont donné prise à son fonctionnement destructeur.

    Quoi qu’il en soit, je constate qu’il est impossible d’imaginer ce quotidien lorsqu’on ne l’a jamais vécu. C’est irréel, la personne nous absorbe dans une autre réalité, avec sa folie et ses règles du jeu, on y perd ses repères, sa façon de penser, sa lucidité, son discernement, ses ressources, la notion du temps. Une femme l’ayant connu a parlé de « violence tellement inouïe qu’on se croirait dans un film ». Elle ne voyait tellement pas d’issue, que le suicide était dans ses pensées comme seule échappatoire.

    On va même s’habituer à la violence, à cette peur quotidienne. C’est vraiment complètement fou, irrationnel. Et d’ailleurs ce sont des choses très matérielles et terre à terre qui m’ont aidée à raccrocher à la réalité, à la normalité. Et revenir à un moment à la surface. Comme par exemple le travail, les horaires d’école. Mais je reviendrai également sur ce qui m’a « sauvée / aidée » et les « Déclics ».

    Je me rends compte que pour expliciter certaines perversités dans les situations, je vais donner quelques détails très personnels. Qui ont généré des failles personnelles chez moi, mais aussi des résiliences. Je les relate, non pas pour montrer le caractère unique de cette relation, car cet homme a détruit, broyé d’autres femmes avant moi qui n’avaient pas ce type de passé. Nous avions chacune nos histoires de vie, et des failles différentes. A la fois, je pense que ce genre d’emprise peut arriver à tout le monde, car c’est très très répandu, et à la fois cela n’arrive qu’à certaines personnes selon la nature de « leurs failles ». Je pense que cela pourrait aussi faire l’objet d’un écrit à part entière. Mais c’est déjà d’ailleurs l’objet de livres, ouvrages, conférences… -il y a déjà beaucoup d’informations-, et je ne fais qu’apporter un témoignage issu d’un vécu propre, et d’échanges avec d’autres personnes victimes de ces formes d’agissements. Sans aucune expertise ni diplôme.

    Des violences verbales

    Suite à notre emménagement ensemble, au bout de quelques mois seulement, vinrent des insultes régulières quand il s’énervait, par écrit ou oralement : « dernière des merdes », « Victimator »,  « ouinouin », « pauvre débile », « malade mentale », « va chialer chez ton père connasse » (NB : J’ai porté plainte contre mon père pour viol. J’ai une maladie lourde dont je ne me plains pas, et d’ailleurs je n’étais pas malade d’après lui qui se prenait pour un spécialiste. Il a décrété que j’étais en « rémission », alors que ma santé ne s’améliore pas. Je dois dire au passage que je ne suis pas du genre à me plaindre, mes proches pourraient en attester. Je prends sur moi, sans doute trop d’ailleurs vu ce qu’exprime mon corps. Et dans cette schizophrénie, il me reprochait de ne pas m’exprimer sur mes difficultés mais si jamais un jour je revenais de chez un médecin un peu triste, il me reprochait directement de me victimiser et être « Victimator ». En 3 ans j’ai subi des opérations d’urgence, accueilli un diagnostic médical lourd, fait face à l’inceste, perdu ma famille et je n’ai jamais pu ni exprimer ni vivre ma tristesse et mon bouleversement). Bref, je continue la liste : « va bien te faire enculer », « sale conne », « ta gueule », « vas te faire mettre », « je te hais », « tu es une plaie à vivre, un nid à emmerdes », « incapable », « lâche »…Je pense être plutôt quelqu’un de facile et douce à vivre… Parfois cela en devenait même drôle tellement c’était démesuré et fou (à la fin). Mais à ces moments-là, pendant ces années, « j’étais dedans ». Et en racontant, en y repensant, je me demande aussi : « comment est-ce possible de supporter, accepter cela ? de ne pas partir ? de descendre aussi bas ?… ». Il y a également eu tellement de mépris et d’humiliation, notamment devant ma fille. Parce que je faisais mal les choses selon lui, pas assez vite, pas parfaitement ou je n’avais pas la réponse tout de suite. Ou que je n’avais pas anticipé sur 10 coups d’avance les choses, les discussions, les démarches administratives, les travaux, les réactions des gens…Je me rends compte qu’il voulait me faire changer ma façon de penser, pour réfléchir de la même façon que lui. Il réfléchit de façon linéaire, et moi circulaire (j’utilise mes mots, ne suis ni psychologue, ni psychiatre, ni experte). Il anticipe avec 10 coups d’avance, et moi j’anticipe un peu mais surtout je m’adapte aux imprévus en fonction de la situation réelle. Il réagit à chaud, et moi j’ai besoin de temps pour assimiler/digérer et réfléchir à comment réagir. Il ne fonctionne qu’avec son mental qui tourne en permanence. Je réfléchis mais j’écoute aussi mon intuition, mon ressenti. Il veut tout contrôler, et moi j’ai confiance dans les choses, la vie, que « ça va aller » et lâche prise. Il voit de la noirceur chez tout le monde et moi je vois ce que chacun a de beau ou de potentiel en lui. Il se méfie et diabolise tout le monde, et moi je veux donner une chance à tous. Il veut vivre seul à sa manière, j’aime les échanges avec le reste du monde. Il veut gouverner son royaume avec son esclave (moi), et moi j’aime rendre service et faciliter la vie. Bref, deux visions du monde et de la vie opposées. Mais ce n’était pas ce qu’il m’avait fait miroiter au départ, pas du tout. Et cette vision claire des choses m’est apparue au bout de 3 ans !! La lucidité a mis beaucoup de temps à revenir… Pendant plus de 3 ans « j’étais dedans ». Je pataugeais, je me noyais dans la confusion, le mal-être, les espoirs, les désespoirs, les ténèbres. Je me débattais aussi pour lui, car il réclamait malgré tout toute mon attention. Je devais travailler, m’occuper de ma fille, de beaucoup de choses dans la maison, de travaux, et surtout m’occuper de lui. Il avait besoin d’une attention permanente. Inutile de préciser qu’à l’inverse il n’est jamais allé me chercher un médicament quand j’étais fiévreuse, là où moi je passais des heures à son chevet à le masser, le soigner, le réconforter, le soulager, le redresser, le nettoyer, gérer ses mal êtres, ses angoisses, ses malaises suite aux excès de médicaments et d’alcool… tout en l’entendant se plaindre « d’être seul » et me reprocher avec haine et insultes que je m’occupais mal de lui. Car à la fois ce n’était jamais assez. Et à la fois il me rendait responsable de tous ses problèmes, y compris de santé. Tout était de ma faute. Selon lui j’avais le pouvoir de le rendre malade, tellement il souffrait à cause de moi. Car il me faisait continuellement passer pour quelqu’un de malade psychiatrique, détraquée, qui lui en voulait, et le persécutait. Il pensait que je voulais lui nuire, le détruire en élaborant des scénarios psychiatriques qu’il tournait en boucle. Et jusqu’à me dire à la fin « je suis l’homme le plus maltraité de France ». En me traitant de « SS, nazi ». Et que oui « les nazis pensaient aussi qu’ils étaient gentils ». Là, c’était parce que j’avais organisé un anniversaire de ma fille sans son accord.

    J’en parlerai de ma fille. Il ne l’a jamais violentée physiquement. Elle a été témoin de scènes de violences physiques de sa part et de ses cris. Elle a eu peur. Elle a encore peur de lui. Elle a subi son autoritarisme, l’ambiance au quotidien, l’isolement, les nombreuses interdictions et répressions. Elle a trop vécu, trop subi. C’est pour elle aussi que je suis partie, sans me défaire de la culpabilité de tout ce qu’elle a vécu. En parlant de ma fille, il me faisait également passer pour une mauvaise mère, critiquait mes choix éducatifs. Si je la câlinais j’en faisais une enfant bébé, si je voulais la mettre à l’ombre le midi l’été j’en faisais « un enfant bulle » ( !!!), si je voulais lui laisser le temps de jouer au parc ou au lac « une enfant pourrie gâtée ». Il ne voulait pas fêter les Noël, les anniversaires, inviter ses copines (en 3 ans et demi aucune de ses copines n’est venue à la maison), aller aux fêtes d’école, participer aux évènements du village et de l’école… J’ai accepté –et m’en voudrai toute ma vie- certaines choses et pas d’autres. J’ai fait certaines choses en cachette (et que dire de son estime de soi quand on en arrive à faire des choses en cachette à plus de 30 ans ?!…), et d’autres sans son accord mais en le payant cher. Oui en les payant cher. Le café avec une voisine. Discuter un peu avec quelqu’un. Sourire et m’enthousiasmer en parlant à quelqu’un. Aller en réunion au travail.

    Aux violences physiques

    Puis la violence physique… Au fil du temps, à ces heures de « crises » verbales et écrites, se rajoutèrent de plus en plus de violences physiques. Il me poussait. Me donnait un coup de pied, puis plusieurs. Jetait des objets lourds sur moi et sur mon visage. Me crachait au visage. (Oui… et c’est un des gestes qui ont été les plus durs à vivre. Tellement plein de haine et de mépris. Et toujours cette question : « comment peut-on aimer quelqu’un et lui faire cela ? »).

    Il cassait les objets en les jetant dans les pièces, dans les escaliers. Cela est arrivé des dizaines de fois. Des petits objets, chaîne hifi, enceintes, plantes, miroirs jusqu’à des meubles entiers, tables, chaises, commodes… Tout se retrouvait brisé sur les paliers et dans les escaliers. J’ai passé des heures à nettoyer, ranger en pleine nuit (et allais bosser le lendemain comme si de rien n’était). Je portais ma fille au-dessus des débris pour qu’elle aille aux toilettes car évidemment qu’elle ne dormait pas pendant ces heures-là.. La seule fois où j’ai filmé tellement il était inarrêtable et que j’en avais peur, il l’a vu et m’a insultée et fait tellement culpabiliser d’oser faire ça contre lui, que j’ai supprimé la vidéo et n’ai plus jamais osé faire cela. Lui par contre, prenait des photos, des captures d’écran des messages et me les renvoyait continuellement. Il avait même dit à ses parents que j’avais filmé et ils me l’avaient aussi reproché (!!). Ses parents étaient informés de toute la situation, je leur en avais parlé (qu’il me tapait, que ma fille avait peur de lui), et qu’il avait besoin de soin, mais ils me disaient de lui parler, de faire des efforts et de m’occuper de lui… Jusqu’au bout ils restent aux côtés de leur fils quoi qu’il fasse dans ses actes de destruction (y compris après mon départ).

    Évidemment que j’essayais de le calmer pendant ces moments de démence, mais il était inarrêtable. Si je lui parlais calmement, il hurlait. Si je le suppliais, il continuait. Si j’essayais de le tenir dans mes bras pour l’arrêter, il se débattait avec une force décuplée. Et moi j’en avais peur aussi. Ce qu’il aurait fallu faire : appeler les pompiers pour constater sa folie destructrice (et le faire interner ?). Appeler la police pour nous protéger. Voir un médecin pour faire un certificat des traces de coups visibles (mais tous les coups ne font pas des bleus…). Mais qui fait cela dans des moments pareils ? Que faire quand la personne nous tabasse accroupie au pied de la porte de la chambre d’une enfant, sans bouger ? Que faire quand la personne fonce sur nous pleine de haine, en tendant ses bras pour nous étrangler ? (NB : et que se défendre c’est prendre le risque d’être accusée et condamnée également de violences physiques. Même pour une claque en protection. Histoire vraie.)

    Car ensuite dans ces « crises » c’étaient des coups de poings dans le corps et sur la tête, des gifles, jusqu’à me tabasser alors que j’étais assise au sol sans bouger. Un soir il m’a giflée fortement et je suis tombée dans le couloir. Je n’avais pas vu que ma fille avait ouvert sa porte et était derrière moi. J’ai arrêté de bouger au sol car je n’en pouvais plus et n’arrivais pas à l’arrêter. Ma fille a vu la scène et a cru que j’étais morte. Elle en a fait des cauchemars. Suite à ces évènements, elle avait peur de sortir de sa chambre et ne voulait plus manger le soir s’il était là. Ce déferlement de violence est arrivé une fois bien enfermée dans cette relation/maison, piégée, isolée et muselée. Il a cassé des choses en moi. Il y a eu un avant et un après. Cela fut de trop. Je reparlerai des déclics. Mais « ça n’est pas passé ». Ni une soirée où il a hurlé des heures pendant que je le suppliais de se calmer car ma fille pleurait de peur (et que j’étais rongée de peur et de culpabilité, ne réussissant pas à le calmer, et pétrie de peur qu’il me suive dans sa chambre en allant la réconforter et qu’il lui fasse du mal). Cela a brisé un espoir, un lien. Mais malheureusement il a fallu d’autres étapes pour partir, tellement les liens étaient puissants pour me garder. A ce moment je me sentais piégée, étouffée, isolée, sans espoir et sans pouvoir penser que je pouvais en sortir. Le quotidien était devenu un enfer, dans lequel je me battais pour conserver le plus de paix. Éviter et espacer les crises. Marcher sur des œufs. Et essayer de préserver ma fille au maximum. Gérer au mieux mon travail. Faire illusion à l’extérieur et auprès des quelques amies qui gardaient un lien à distance avec moi (Pourquoi me diriez-vous peut-être ? Parce que j’étais malheureusement mue par la volonté de « le protéger »… consciente intérieurement que si je parlais, elles me diraient la réalité vraie, qu’il était dangereux, violent, et qu’il faudrait le quitter. Évidemment cette protection était inconsciente mais me dirigeait). C’était un enfer lent, enlisant, un quotidien gris et morne. Un tunnel sans voir le bout. Même si en moi j’ai toujours gardé un peu de cette flamme de vie, qui venait contredire cette réalité, me rappeler qu’il y a autre chose. Que LA VIE EST BELLE. Que cela peut être autrement. Mais j’étais absorbée par cette violence et cette peur permanentes. Sans répit. Sans repos. Sans intimité.

    Il s’en prenait aussi à lui-même. Il se tapait la tête contre les murs, contre les portes (y compris celle de la chambre de ma fille, qui était dans son lit, apeurée), ou cognait des objets contre sa tête (y compris des objets lourds). Puis se laisser tomber en disant qu’il perdait conscience. Il se prenait en photo aussi avec les bosses et les bleus qu’il se faisait seul en m’accusant de le pousser à bout. Tout était exacerbé, irréaliste, ou surréaliste. Il allait tellement loin qu’une fois après avoir cassé plein d’objets dont des assiettes il en a pris un morceau et a voulu se griffer le bras comme il l’avait déjà fait avec un couteau « tellement il n’en pouvait plus de subir tout cela ». Mais l’assiette était extrêmement coupante, les entailles extrêmement profondes, qu’il a failli en mourir, et ce furent des moments absolument traumatisants dont on se passerait bien…

    Enfer et emprise au quotidien

    Et entre ces violences verbales et physiques, il y a tellement à dire car la maltraitance était permanente, quotidienne et multiforme.

    Car il y avait aussi :

    • le « contrôle » : il surveillait/jugeait ce que je mangeais (des fraises avec ma fille à la sortie de l’école => de la boulimie dans son dos), comment je m’habillais (un bracelet de cheville de « pute »), les mails et sms que j’écrivais à des proches ou des avocats, à mon employeur, au père de ma fille, ce que je disais aux gens, aux collègues, voisins, … et je le payais cher ensuite
    • l’isolement : je n’ai plus vu mes amies pendant ces années. Elles n’étaient pas les bienvenues à la maison, je ne pouvais pas sortir sans lui sinon je le payais. J’ai dû couper la communication avec elles. Car il les pervertissait, la majorité était des traitres ou malsaines pour lui. Ainsi si je restais en communication avec elles, j’étais faible, lâche, voire dangereuse de ne pas protéger notre couple de personnes comme elles. La seule qu’il tolérait habitait à l’étranger, ou alors c’étaient des amies en commun (Oui nous avions des amies en commun, ce qui m’avait rassurée, les considérant comme des « garanties » de sa gentillesse. Mais il sait tenir un personnage quelques heures, se faisant passer pour un homme bon, attentionné, gentil, féministe…et très charmant/charmeur.) Celles-ci je pouvais les appeler, pas souvent car sinon je ne pouvais pas m’occuper de lui, mais il fallait faire ces appels dans la même pièce que lui… A une exception près, en 3 ans et demi, je n’ai jamais pu inviter une amie ou voisine à la maison pour un café. On ne pouvait pas parler aux voisins, ils étaient malveillants pour lui. Ma fille n’a jamais pu inviter une copine à jouer à la maison. Seulement sa famille à lui et ses amis pouvaient venir. C’était malgré tout des moments de répit, car il jouait son personnage social, même s’il assumait son côté ermite, alors que moi je suis tellement contente d’être avec du monde, d’accueillir, prendre soin, découvrir, voyager…
    • la jalousie et la surveillance : si je parlais avec le sourire à un homme, il me disait : « tu veux le baiser ou quoi ? ». Dans mon travail, si j’allais chez des hommes, j’avais le droit à : « va bien les sucer ». Il venait surveiller s’il pouvait, si je parlais avec un homme.
    • le chantage de me quitter (tout en me disant qu’il ne pouvait survivre sans moi, que j’étais la femme de sa vie, que si je le quittais il mourrait…), le chantage au suicide (il m’envoyait des photos de lui avec un couteau sous la gorge, m’écrivait depuis l’autoroute qu’il allait se prendre un pont… puis silence radio me laissant imaginer qu’il l’avait fait)
    • le besoin d’être le plus mal. Et que je m’occupe de lui. Il finissait toutes ses « crises » en prenant beaucoup d’anxiolytiques puissants, et avec de l’alcool fort en plus. Donc en malaise. Et il fallait que je prenne sur moi pour m’occuper de lui, le doucher, le veiller… Puis m’excuser pendant UNE heure (une vraie heure…). Puis ensuite écouter des heures ses complaintes, ses reproches. Puis je devais dire à quel point j’étais quelqu’un de mauvaise, répéter ses mots, expliquer d’après lui pourquoi j’avais généré tous ces conflits en inventant après toutes ces heures des raisons qui tiennent la route, sinon ça ne s’arrêtait jamais. J’en ai passé des nuits quasi blanches, à me lever pour aller travailler ensuite comme si de rien n’était. Et recommencer au bout de 2-3 jours.
    • les mensonges : sur son histoire, ses parents, qui étaient ses ex-compagnes, ses volontés. (Il ne cessait de me faire miroiter des projets de vie comme des carottes pour m’appâter. Alors que j’ai fini par comprendre qu’en fait il ne voulait juste pas travailler et que moi je m’occupe juste de lui comme une esclave). Mentir aux autres aussi : mentir sur sa santé pour prolonger des arrêts maladie et jusqu’à réclamer l’Allocation réservée aux handicapés pour ne plus avoir besoin de travailler alors que les problèmes de santé ont disparu… (et que moi cela me réduise mes prestations sociales au passage…)   Mais il y a eu aussi des mensonges de ma part, comme cacher un message d’une amie ou un objet cassé par peur de ses représailles (Quelle estime de soi de faire cela à 30 ans ?..). Mais jusqu’à m’excuser de choses que je n’avais pas faites. Pour « avoir la paix ». A ça, je me suis battue contre le vent pour « avoir la paix ». Mais j’ai mis plus de 3 ans à comprendre que je ne peux pas générer seule la paix, si mon conjoint s’évertue à détruire. J’ai aussi dû parfois inventer des explications à des comportements que je n’avais pas, sinon on ne s’en sortait pas et on restait des heures dans la crise. C’était la seule échappatoire que j’avais trouvée. Mais pendant une période, j’ai aussi cru être malade. J’ai été voir son psychiatre. J’ai même été jusqu’à prendre également des benzodiazépines pendant plusieurs mois, car j’étais mal oui, mais à cause de lui et de cet enfer. J’ai décidé seule d’arrêter ce médicament et de me retrouver avec mes ressources. Me faire confiance. Et remonter la pente. Jusqu’à la fuite, l’évasion. J’ai très vite retrouvé ma lucidité et mon « cerveau » une fois sortie de cet enfer.
    • Au-delà des mensonges, la « distorsion de la réalité ». Il déformait complètement les faits. Cela a participé à la récupération de ma lucidité tellement cela devenait démesuré et fou. Car la situation s’empirait avec le temps, la violence s’intensifiait, ses paroles, ses réactions devenaient de plus en plus délirantes, il semblait perdre le contrôle de plus en plus … tout en pouvant parfaitement donner l’illusion à des personnes extérieures. Médecin, gendarmes… Il pouvait argumenter avec beaucoup de logique et d’exemples. Élaborer des explications… Il passait son temps à ça. Mais souvent en partant d’une réalité déformée. Un exemple marquant : il disait que c’était pire quand il n’y avait pas ma fille avec nous (quand elle était avec son père). Mais c’était l’inverse, les pires scènes de violence se sont passées quand elle était là, surtout le soir lorsqu’elle était censée dormir. Cela ne l’arrêtait pas, bien au contraire. La violence et la folie étaient décuplées. Je pense que c’est parce qu’il savait que je ne pourrais pas fuir de la maison facilement si ma fille était couchée le soir dans sa chambre. Ce qui était réellement un frein pour moi pour m’enfuir à ces moments-là, de peur de la traumatiser encore plus en partant dans la nuit sans rien. Sans ses affaires. Sans savoir comment gérer la suite. Quoi lui expliquer. Comment la rassurer. Où aller (car habitant ensuite loin des proches, sans famille, et isolée). Comment gérer le lendemain, l’école, les autres ? En quelque sorte il me piégeait, m’enfermait dans un huit clos avec sa folie destructrice. Là il pouvait se lâcher. Mais il racontait de façon argumentée pourquoi d’après lui c’était pire quand elle n’était pas là. Ce qui était de base factuellement faux, et donc tout était ensuite faux dans son explication. Mais elle avait l’air logique. Et avec son assurance, et son interdiction de répondre ou d’être en désaccord, c’était impossible de le contredire. (Autre sujet, autre question « qu’est-ce qui déclenchait sa violence ? »)
    • La « castration » : lorsque je revenais heureuse, enjouée, enthousiaste d’une rencontre, d’une situation, d’une découverte (sachant que je suis de nature enjouée et enflammée..), il me disait que j’étais nulle d’avoir aimé/faire/dire/penser ça, que c’était de la merde. Qu’il fallait se méfier par exemple des voisins au lieu de leur avoir parlé, et il me cassait car je nous mettais en danger en leur parlant imprudemment.
    • un monde de répression : tout ce qu’il n’aimait pas, il ne fallait pas le faire.  Il ne fallait donc pas lire (il n’aime pas lire), ni manger de sucré, ni cuisiner de pâtisseries et gâteaux. Ni regarder un autre type de film que ceux qu’il aimait. Il fallait faire à sa manière. Selon ses goûts. Je ne me posais jamais pour bouquiner dans le canapé, interdit. Mais comment s’y prenait-il pour interdire ? C’est complexe et compliqué à expliquer, j’essaierai de le faire. Avec en plus cette schizophrénie : à la fois il détestait les paresseux/faignants ou ceux qui comme moi aiment lire à la plage sous la chaleur du soleil pendant des heures en écoutant le bruit des vagues, mais à la fois il passait des heures sur son téléphone. A se lever tard. A faire 3 heures de sieste. Interdit évidemment d’inviter des amies ou voisines, ou des copines de ma fille à la maison. Interdit de ne pas s’occuper que de lui, mais en même temps il fallait que je travaille, que j’entretienne la maison, répare, lave, m’occupe de ma fille et range sa chambre, entretienne ma voiture pour aller travailler pendant qu’il était au chômage et/ou arrêt maladie. Réussir à faire tout, tout en étant tout le temps à son côté, à son service, son désidérata…
    • Puis il s’octroyait l’exclusivité des moments sympas. Y compris avec ma fille. Le jour où exceptionnellement on pouvait manger des crêpes, c’est lui qui les préparait et décrétait que c’était la fête. Il décidait du moment où être heureux. Où mettre de la musique et danser. Où pique-niquer. Où jouer à un jeu. Sinon il fallait vivre à son rythme, à son tempo. Et couler avec lui.
    • Il inversait les choses. Il retournait contre moi, me renvoyait, me reprochait tout ce qu’il était ou me faisait. Mais il faisait cela avec les autres aussi. Il leur/nous attribuait des intentions qui étaient les siennes, des agissements qui étaient les siens propres… Il me reprochait de me victimiser alors que je ne me plaignais jamais, mais que lui passait son temps à se sentir agressé et persécuté -victime- par les autres, les situations, la vie…. Il me faisait passer pour une femme incontrôlable, avec des crises de nerfs (alors que ceux qui ont vécu longuement avec moi me connaissent comme quelqu’un de pacifique et calme), ce qui était plus proche de son état à lui. Il me reprochait de l’empêcher de parler, alors que lui pouvait parler des heures, et moi jamais. Si je commençais à m’exprimer sur un problème, il me coupait sèchement et s’énervait ou alors quittait la pièce. Parfois avec une tête de terrorisé ( ?! oui il y avait un problème de « délire de persécution», clairement). Ou alors il s’appropriait mes états. Je vivais dans la peur permanente de ses réactions. Il me disait alors « j’ai tout le temps peur de toi, de tes réactions ». Alors que je ne réagissais pas, prenais sur moi et faisais tout pour maintenir un semblant de paix. Anticiper les problèmes. Éviter les débordements, les crises. Tellement peur que ma fille revive des scènes de violence. En insécurité permanente. Au point les derniers mois de le prévenir régulièrement par sms que « s’il y a de la violence, je pars directement avec ma fille « .
    • Aucune intimité. Jusqu’à ne pas avoir de porte de salle de bain, de porte de placards, pour ne pas pouvoir être seule avec soi-même. Ne pas pouvoir ranger mes affaires à ma manière. Ne pas avoir de serviette à moi… des petits détails, mais qui finissent par beaucoup compter car au bout d’un moment on se retrouve sans un seul espace spatial / temporel / symbolique à soi… ne plus pouvoir se ressourcer, se reposer, se retrouver, comme pour empêcher de se ressaisir. De penser.
    • Me couper des choses qui font du bien / me dépersonnaliser : il m’a fait jeter tant d’objets, livres, biens qui comptaient pour moi, liés à mes passions, mes loisirs, mes sports, mes souvenirs… il m’a empêchée de lire, d’écouter, de me documenter, de visiter, d’assister à des évènements qui comptaient pour moi. Il m’a fait changer de style vestimentaire, passant de multicolore à des vêtements passe-partout, ternes, gris. Il ne fallait pas que je sois visible. Il a également attaqué ma vision et philosophie de vie, clairement teintée et fondée d’optimisme, de confiance en l’être humain, en la vie. Il a cherché à casser tout cela, à me modeler à son image, noircissant tout ce qui l’entoure.

    Que reste-t-il après tout cela ? Des zones intérieures cassées. De la culpabilité (vis-à-vis de ma fille, de mes proches, de moi-même !!). Des regrets et de l’amertume (tout ce que j’ai pu jeter…). De la honte (Oui quand même et malgré tout, de ne pas être partie avant. D’avoir cru cette personne au début.)

    Mais aussi des forces. Une force de vie intérieure qui m’a sortie de là. Grâce aussi à des « miracles de la vie », à des déclics, à ma fille. A des soutiens extérieurs. Une force de résilience pour rebondir, se reconstruire, se concentrer sur le futur, le présent, la beauté de la vie. Car : « Je suis libre et vivante ! On est libre et vivante ». C’est ce que je me rappelle dans les coups de mou… Et ça c’est l’essentiel ! Ensuite tout est possible, et que seul le bon est permis ! Car dans les forces, il y a aussi celles de protéger maintenant mes univers, mes proches, ce qui m’est cher, et mes limites… et aussi, maintenant, je me sens légitime…

  • Préambule. Quelques présentations

    Bonjour.

    Avec ces premiers mots je démarre une nouvelle aventure. De transmission. Après l’épreuve. Je souhaite consigner certains aspects de ce vécu pour partager, ne pas oublier les mécanismes essentiels, les leçons à tirer et toutes les réflexions de protection.

    Ces mots traiteront d’un vécu de 3 ans et demi de violences conjugales, d’emprise, de manipulation, de violences physiques, psychiques et verbales. De déni. D’aveuglement. De fragilité. De protection. D’incompréhension. De remises en question. D’état de choc en état de choc. De malaise. De peur. De terreur. De sidération. De confusion. De tristesse. De désespoir. De détresse. D’isolement.

    3 ans et demi c’est à la fois peu, quand certains le vivent sur des dizaines d’années, ou même choisissent d’en finir avec la vie, et c’est à la fois beaucoup en termes de séquelles, d’étapes de vie enclenchées (mariage, déménagement, changement de travail, diagnostic médical, accueillir un enfant ?). Ou d’impact sur la vie de ma jeune enfant. C’est la moitié de sa vie.

    J’écris parce que personnellement j’ai toujours trouvé un réconfort à lire dans les mots d’un autre ce que je vis ou ressens. Alors j’espère par ces écrits pouvoir apporter ce maigre réconfort dans ce genre d’épreuve. Se sentir moins seul. C’est toujours fou à quel point cela fait du bien..

    J’écris aussi pour pouvoir contribuer à la compréhension de ces mécanismes d’emprise et de violences, pour les voir, les dénoncer, les fuir, s’en protéger, leur couper l’herbe sous le pied et empêcher que ces schémas se perpétuent. Témoigner pour contribuer à la sensibilisation collective.

    J’écris enfin aussi un peu pour moi, pour à la fois ne pas oublier si je dois réactiver des souvenirs dans des démarches juridiques, administratives… Et à la fois commencer à oublier un peu pour alléger mon quotidien. Car cela fait plusieurs mois que je me suis enfuie, et pas un seul jour ne passe sans que je pense à plusieurs reprises à des moments, à des mots, à des interdictions, à des crises… les flashbacks et aller-retours dans le passé sont quotidiens. Les cauchemars aussi. Et pourtant, Dieu que je suis vivante, que je suis une optimiste, que je vais de l’avant et savoure la vie à pleines dents !

    Ah et je ne citerai ni mon nom ni d’autres informations personnelles. Je parlerai avec mon cœur mais en protégeant ma vie personnelle et familiale. Par l’intermédiaire du contact vous pouvez m’écrire si cela peut être constructif globalement pour l’un.e et l’autre.